Le climat change à La Réunion, quelles implications pour l’agriculture ?
A La Réunion, Météo France et ses partenaires disposent d’un réseau de stations météorologiques qui a permis de collecter des données de température et de pluviométrie et donc d’observer les évolutions du climat au cours des dernières décennies.
Quelques points clés pour comprendre le climat à La Réunion
- Un jeune volcan au milieu de l’océan, caractérisé par des reliefs abrupts et des sommets à plus de 2500 m d’altitude, auxquels se heurtent des vents dominants orientés de l’Est vers l’Ouest ; ces ingrédients façonnent fortement la climatologie et offrent des gradients de température et de climats très variés pour un petit territoire
- Des températures tropicales dans les Bas et tempérées dans les Hauts
Météo France - Une dissymétrie des précipitations entre l’Est et l’Ouest de l’île et d’importantes différences de cumul pluviométrique à l’échelle de l’île
Météo France - Une « saison des pluies » (janvier à mars) correspondant à environ 51% de la pluviométrie annuelle
- Une « saison sèche » (juin à octobre) correspondant à seulement 21% de la pluviométrie annuelle sur une période de 5 mois
- D’importantes variations interannuelles de la pluviométrie
- Des systèmes tropicaux passant à moins de 1 000 km qui influencent fortement la variabilité interannuelle des précipitations car ces dépressions apportent un peu plus de 30 % des pluies à la Réunion, jusqu’à 50 % sur les reliefs de l’île.
Quelles évolutions a-t-on observé au cours des dernières décennies ?
Les observations passées (1960-2025) ont permis de dresser les principaux constats suivants :
- Les années les plus chaudes ont toutes été observées durant la dernière décennie. L’année 2019 fut à ce jour l’année la plus chaude enregistrée :
Météo France - La température moyenne annuelle a augmenté de +0,9°C sur la période 1991-2020 par rapport à la période préindustrielle (1850-1900)
- Les vagues de chaleur se multiplient et s’intensifient :
Météo France La "sévérité" d’une vague de chaleur correspond à un cumul de chaleur perçue durant l’épisode. Elle est calculée en cumulant sur la durée de l’épisode les degrés jours au-dessus du seuil de forte chaleur. Plus le cercle est gros, plus l’événement a été intense.
- Sur le littoral, les nombres de jours chauds (température supérieure à 31°C) ont presque triplé au cours des dernières décennies. Ils sont passés de 18 jours par an au cours de la période 1981-2010, à 51 jours par an au cours de la période 2015-2024
- Le nombre de nuits chaudes (température supérieure à 25°C) suit la même tendance avec un doublement au cours de la période 1970-2021, passant de 30 nuits par an à 60 nuits par an à Gillot par exemple :
Nombre de jours chauds
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- La pluviométrie annuelle moyenne est très variable d’une année à l’autre et ne présente pas de tendance d’évolution significative :
Météo France - Des baisses de -1 à -4% par décennie sont toutefois observées dans la plupart des régions de l’île. La seule baisse statistiquement significative (-5% par décennie) est observée dans le secteur Sud-Ouest :
Météo France - Un léger renforcement du régime des vents (alizés) au second semestre en lien avec un renforcement de l’anticyclone des Mascareignes
- Pas d’évolution significative de l’activité cyclonique (nombre de cyclones par saison, position du centre, proportion de cyclones intenses ou très intenses, intensité des pluies).
Vers quel climat s’oriente-t-on à La Réunion ?
Météo France a réalisé des simulations de l’évolution du climat à La Réunion selon une maille géographique très fine (résolution de 3km), pour les trois horizons de réchauffement retenus par la Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC).
Pour en savoir plus sur la TRACC, cliquez sur ce lien.
Températures
Les jours chauds (température supérieure à 31°C) vont devenir plus fréquents à mesure que le climat se réchauffera et vont s’étendre sur les hauteurs de l’île.
Le tableau ci-dessous présente les résultats des évaluations du nombre de jours chauds réalisées pour trois sites de référence selon les trois niveaux de réchauffement de la TRACC :
Les mêmes évolutions sont mises en évidence pour les nombres de nuits chaudes.
Les journées à plus de 35°C, quasi inexistantes dans le climat récent, deviennent une réalité régulière dans certaines zones littorales de l’île.
Précipitations
Le cumul de pluies annuel ne fait pas apparaître de signal net dans le climat futur. Une baisse modérée se matérialise au-delà d’un réchauffement de 2°C, mais la variabilité des résultats des modèles rend cette baisse relativement incertaine.
Cette situation est en particulier à relier à l’importance relative de la saison des pluies dans le cumul annuel de précipitations d’une part et à l’absence d’évolution significative des précipitations au cours de cette saison dans le climat du XXIème siècle d’autre part. Les précipitations demeureraient ainsi à la fois abondantes et variables d’une année à l’autre, notamment en lien avec l’influence des dépressions tropicales passant à moins de 1000 km de l’île (et une intensification du régime des pluies associé à ces dernières).
Intensification et allongement de la saison sèche
En revanche, des évolutions importantes apparaissent en saison sèche (mai à novembre) pour le niveau de réchauffement le plus élevé (3,0 °C). La plupart des simulations indiquent une baisse relative du cumul moyen de pluies, d’environ -15 % sur le territoire avec une incertitude d’environ 15 % autour de cette valeur médiane et un assèchement plus prononcé sur la zone Ouest. Pour des niveaux de réchauffement moindre, les baisses sont trop faibles pour être significatives au regard de la variabilité des précipitations et de l’incertitude liée à la modélisation.
En intersaison (novembre-décembre), pour le niveau de réchauffement le plus élevé, la plupart des simulations indiquent également une baisse relative du cumul moyen de pluies, témoignant d’un retard de démarrage de la saison des pluies (donc un allongement de la saison sèche), d’ores et déjà observé ces dernières années. Cette baisse en intersaison est d’environ -25 % sur le territoire avec une incertitude d’environ 12 % autour de cette valeur médiane. Pour des niveaux de réchauffement moindre, les baisses sont plus faibles (-10 à -20 %) ; moins de 80 % des modèles s’accordent sur une tendance à la baisse sur une bonne moitié du territoire (cf. hachures), rendant cette baisse plus incertaine.
Sécheresse
Concernant les sécheresses, les premières simulations réalisées à partir de l’étude de l’évolution du nombre de jours consécutifs sans pluie ne font pas apparaître d’évolution notable. Un diagnostic plus approfondi sur l’évolution de leur étendue temporelle, mais aussi spatiale, devra faire l’objet de futures analyses. Il est en outre important de noter que la hausse des températures, du vent et de l’évapotranspiration (travaux également en cours) pourraient notamment renforcer la sécheresse du sol et des autres composantes hydrologiques.
=> Pour aller plus loin, consultez cette première synthèse proposée par Météo France sur le portail DRIAS, les futurs du climat.
Focus sur quelques défis posés par le changement climatique pour l’agriculture réunionnaise
Les évolutions du climat décrite ci-avant vont se caractériser par une augmentation des températures moyennes annuelles (environ +0,25°C par décennie) à toutes les altitudes. Cette augmentation des température va influencer la physiologie et donc le cycle de vie des plantes cultivées.
Ces évolutions demeurent toutefois à caractériser plus précisément à La Réunion. A cette fin, des travaux sont en cours pour développer des indicateurs agro-climatiques et étudier leur évolution dans le climat futur. Ces indicateurs peuvent être, par exemple, le risque d’échaudage, les quantités de chaleur ou de froid nécessaires pour initier certains stades physiologiques tels que la floraison, la fructification, la pousse de l’herbe, etc...
La température influence également la physiologie des animaux. Les fortes températures perturbent les performances d’élevage, qu’il s’agisse par exemple de la reproduction, de l’alimentation ou de la croissance, voire augmentent la mortalité dans les situations les plus difficiles.
A cet égard, l’évolution significative du nombre de jours chauds dans les Bas et l’agrandissement de l’emprise géographique des zones concernées, notamment en direction des Hauts, constituent des défis particulièrement significatifs pour l’agriculture réunionnaise.
L’intensification et l’allongement progressifs de la saison sèche (baisse des précipitations, augmentation du vent, augmentation de l’évapotranspiration) augmenteront la tension entre les ressources en eau disponibles (qui seront en diminution) et les besoins liés aux différents usages, en particulier agricoles (qui seront en augmentation).
Un point clé à prendre en considération est que la période pendant laquelle les besoins en eau de l’agriculture sont les plus importants correspond -et correspondra toujours- à la période pendant laquelle les ressources en eau sont -et seront- les plus déficitaires.
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