Quels liens entre agriculture – alimentation et changement climatique ?

Le triptyque Agriculture-Alimentation-Climat est désormais devenu indissociable, tant en termes d’enjeux croisés, que de leviers d’action ou de freins communs. Des interactions diverses et complexes les relient.
Ces interactions doivent de surcroit être étendues à la dimension Santé puisque nos choix alimentaires conditionnent parallèlement notre santé et notre empreinte carbone.

La Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC) publiée en 2026 fixe ainsi un cap à horizon 2030 : selon une trajectoire d’atténuation du réchauffement climatique, permettre à tous les Français d’accéder à une alimentation plus saine, plus durable et plus locale, tout en renforçant la souveraineté agricole et alimentaire du pays.
Pour en savoir plus sur la SNANC

Un mot sur l’effet de serre

L’effet de serre est le phénomène naturel qui permet de disposer d’une température propice à la vie à la surface de la Terre. Il intervient dans le bilan énergétique de la Terre (Bilan = énergie solaire entrant dans l’atmosphère - énergie renvoyée dans l’espace). Plus précisément, il retient dans la partie basse de l’atmosphère une partie de l’énergie sortante. Grace à ce phénomène, la température moyenne de surface est de +15°C. Elle serait de -18°C sans effet de serre.

https://www.conventioncitoyennepourleclimat.fr

L’effet de serre est créé par la présence de « gaz à effet de serre » (GES) dans différentes couches de l’atmosphère. Ces molécules de gaz de différentes natures (dioxyde de carbone, méthane, vapeur d’eau, gaz halogénés, aérosols divers, …) créent une sorte d’écran empêchant le retour vers l’espace d’une partie de la chaleur (émise sous forme de rayonnement infrarouge).

Le climat change en raison d’une perturbation du bilan énergétique de la Terre. L’excédent de chaleur s’accumule à la surface des continents et surtout dans les océans.

GIEC (2023)

Ce sont les gaz à effet de serre (GES) émis par les activités humaines qui sont à l’origine de l’augmentation de l’effet de serre observée depuis plusieurs décennies. Les GES d’origine humaine sont en particulier liés à l’utilisation des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) depuis la révolution industrielle et l’avènement progressif de la société de consommation actuelle. D’autres gaz d’origine industrielle ou liés à nos modes de vie et de consommation sont également impliqués dans le phénomène. Tous ces gaz n’ont pas les mêmes propriétés, qu’il s’agisse de pouvoir réchauffant ou de durée de séjour dans l’atmosphère.

Depuis les années 1970, une accélération du réchauffement climatique est observée, en parallèle d’une augmentation sans précédent de la consommation mondiale d’énergies, ainsi que des émissions d’une diversité de gaz à effet de serre.

GIEC (2023)

Le réchauffement a atteint + 1,24°C au cours de la période 2015-2024 par rapport à la période préindustrielle. 98% de cette augmentation est liée aux émissions de GES par les activités humaines (source GIEC).

GIEC (2023)

La contribution des activités agricoles aux émissions de gaz à effet de serre

Pour produire les denrées alimentaires que nous consommons quotidiennement, l’agriculture mobilise différentes sources d’énergie et divers processus biologiques à l’origine d’émissions de gaz à effet de serre (GES).
En matière d’émissions de GES, le secteur de l’agriculture présente des particularités :

  • le dioxyde de carbone (CO2) représente une part limitée des émissions (13%). Il est lié à la consommation d’énergies fossiles pour le fonctionnement des tracteurs, la production de chaleur et de froid, les déplacements, etc…
  • le méthane (CH4) est la principale émission (45%). Elle résulte principalement de processus biologiques (fermentation entérique) liés à la digestion de l’herbe par les ruminants (bovins, ovins, caprins). Le méthane est également émis lors du stockage des effluents d’élevage.
  • Le protoxyde d’azote (N2O) représente 42% des émissions. Il est en particulier lié à l’utilisation des engrais azotés pour la fertilisation minérale ou organique des cultures. Une fraction est également émise lors du stockage des effluents d’élevage.
    Ministère chargé de l’agriculture

En France, les émissions du secteur agricole correspondent à 21 % des émissions totales (2024), soit le second secteur d’émission après les transports.

SDES (2025)

A La Réunion, en raison des spécificités locales (sources d’énergie primaires utilisées pour la production énergétique, production agricole modeste, importance des transports routiers, etc…), le secteur de l’agriculture représente seulement 4% des émissions de GES en 2023 (source CITEPA), loin derrière les transports (47%), de l’industrie de l’énergie (27%) et des déchets (10%).

CITEPA (2025)

L’importance relative des trois principaux GES issus de l’agriculture réunionnaise est également différente de la moyenne nationale avec une importance relative supérieure des émissions de méthane (CH4) qui représentent 55% du total, soulignant l’importance du secteur de l’élevage, alors que le protoxyde d’azote (N2O) représente 37% et le dioxyde de carbone (CO2), seulement 7%.

Réalisation DAAF d’après données CITEPA (2025)

L’importance systémique de l’élevage pour l’agriculture française est à souligner. Il mobilise en effet deux tiers de la surface agricole utile (en combinant les prairies permanentes et temporaires, ainsi que les surfaces de cultures dédiées à l’alimentation des troupeaux) et génère une part importante des émissions de GES, tel que décrit ci-avant.

Ces caractéristiques sont toutefois à mettre en parallèle de l’enjeu lié à l’importance des surfaces dédiées aux prairies en matière de stockage de carbone. En effet, les prairies, avec les forêts, constituent les seuls « puits de carbone » terrestres permettant de compenser une partie des émissions de GES.

Ainsi, si l’élevage des ruminants est une source majeure d’émissions de GES, le maintien de systèmes d’élevage majoritairement orientés sur le pâturage ou valorisant majoritairement les fourrages herbagers comme source d’alimentation des animaux constitue un enjeu fort, à la fois pour produire une source protéique intéressante pour la diversité de l’alimentation humaine et pour contribuer à la décarbonation de l’économie française.
Un sujet complexe mais un défi majeur.

RITA Animal La Réunion

L’importance de l’alimentation dans l’empreinte carbone des français

L’alimentation constitue le second poste de l’empreinte carbone nationale.
(Empreinte carbone = émissions de GES liées aux activités sur le territoire national + émissions liées aux produits et services importés => L’empreinte carbone permet ainsi de décrire les émissions totales liées aux modes de production et de consommation du pays).

Data Lab - Chiffres clés du climat https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/edition-numerique/chiffres-cles-du-climat/fr/

Cette situation est à relier à l’importance des émissions agricoles de GES et à l’importance de l’élevage dans les émissions du secteur.

Plus précisément, la viande et les produits laitiers contribuent pour plus de la moitié de l’empreinte carbone de l’alimentation des français, les boissons pour près de 20%, alors que les fruits et légumes ne représentent que 10% environ du total.

Haut conseil pour le climat

Ainsi, en fonction des régimes alimentaires, l’empreinte carbone de l’alimentation peut être très variable :

  • Les régimes riches en viande présentent une empreinte carbone significativement plus importante que les régimes végétariens
  • Le choix de la fréquence de consommation des viandes, la taille des portions, mais aussi la nature des viandes consommées influencent de façon significative l’empreinte

A chaque repas, chaque français, par ses choix alimentaires, agit sur son empreinte carbone et donc sur l’empreinte collective nationale.
Ces choix ont également une grande influence sur la qualité nutritionnelle de l’alimentation et donc sur la santé.

Selon les données de l’ADEME, un repas à base de poulet diminue de 80 % les émissions par rapport à un repas à base de viande de boeuf. Un repas végétarien les diminue de 93 %.

ADEME - Outil Impact CO2

Testez les simulateurs en ligne proposés par l’ADEME.

Dans une perspective de transition écologique, il est désormais impératif de traiter conjointement les leviers d’action Climat - Alimentation – Agriculture - Santé.

A l’échelle nationale, la stratégie nationale alimentation nutrition climat (SNANC) publiée en 2026 contribue à mettre en avant ces liens essentiels.

Ces enjeux sont également mis en avant dans le volet "Mieux se nourrir" de la planification écologique portée dans le cadre de France Nation Verte.

Contact DAAF Réunion
> Lionel GARDES – lionel.gardes [at] agriculture.gouv.fr


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